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Ce champignon qui est une "bombe"...Le Candida

Vous avez sans doute, comme beaucoup de sportifs, un ongle abîmé ou une mycose dans le pli du genou. Rien de grave, pensez-vous. Vous avez raison : Vous risquez seulement d’y briser votre carrière…    

 


UN MYSTÈRE TRÈS BANAL…

 

C’est l’histoire d’un joueur de foot talentueux, sur la fin de sa carrière, qui ne peut goûter  pleinement ses dernières saisons en tant que professionnel. Deux problèmes lui pourrissent régulièrement la vie. L’un est vraiment handicapant. Il s’agit de tendinites d’Achille bilatérales, chroniques, apparues progressivement, sans cause évidente. Ce joueur, contrairement à beaucoup de ses collègues plus jeunes ne rechigne pas, en effet, à adopter une bonne hygiène de vie, à s’hydrater, à se coucher tôt, ou à pratiquer des étirements. Il a appris à se connaître et ces douleurs qui résistent à tous les traitements, et le laissent de guingois après un match un peu plus intense, le poussent à s’interroger quant à un possible arrêt brutal de sa vie sportive. Son autre souci semble moins pénalisant a priori. Depuis quelques années l’un de ses ongles d’un orteil du pied gauche, dont l’odeur caractéristique évoque un fromage fort, se détruit sous les effets d’une mycose que, après chaque douche, malgré un soin méticuleux apporté à s’essuyer, il voit flamber. Ainsi, en dehors du ballon, il passe l’essentiel de son temps libre chez le kiné ou le podologue.

 

D’autres soucis le dérangent également, depuis peu. On lui a découvert récemment des allergies (alors qu’il n’en avait jamais souffert auparavant), et son sommeil est de moins bonne qualité. Il lui arrive régulièrement de se réveiller vers 2- 3 h du matin, et de mettre une bonne heure à se rendormir. Au lever, il éprouve une baisse de vitalité très désagréable, avec cet instant d’apesanteur, entre la sonnerie du réveil et le café, où il a l’impression que plus rien n’imprime. Et sitôt son petit noir dégluti, il ressent une gêne au niveau de l’estomac, une sensation de brûlures, qui jusque-là lui étaient inconnues. Personne ne lui a apporté d’explication claire à tous ces petits maux qui l’empêchent de se donner à 100%. Et aucun traitement n’a vraiment amélioré aucun d’entre eux. Est-ce l’inéluctable déclin lié à l’âge ? Rien n’est moins sûr ; grâce aux connaissances acquises ces dernières années, on peut annoncer cette  grande nouvelle : Tous ces soucis sont certainement liés. Mais reprenons au début…


PORTER LE CANDIDA…

 

De nombreux microbes vivent sur la peau, sur les muqueuses, et évidemment au cœur de notre intestin. Celui héberge pas moins de 10 puissance 14 bactéries, avec lesquelles, le plus souvent, on apprend à cohabiter sans dégâts. On dit d’ailleurs que ces microbes sont saprophytes, dans le sens où ils vivent en équilibre les uns avec les autres et avec l’hôte, et où ils s’empêchent mutuellement de trop se développer. La majorité de ces micro-organismes se rangent parmi les bactéries. Mais notre organisme héberge aussi quelques champignons ou levures, dont le Candida Albicans est l’espèce la plus importante. On le retrouve chez 80% de la population,  et on considère habituellement que cette présence ne donne lieu à aucun phénomène indésirable. On attribue à ce champignon le qualificatif « albicans » (qui veut dire « blanc ») du fait que ses colonies, en se développant, prennent cette couleur. A l’état normal cette levure vit sur les muqueuses de nos organes digestifs, dans notre bouche, notre estomac et nos intestins, sans y causer le moindre trouble. Par contre, on ne le trouve pas sur la peau lorsque celle-ci est saine.

 

Selon la conception classique, quand les conditions changent, comme avec un climat devenant trop humide, la présence de trop ou trop peu d’hygiène, le taux d’acidité du milieu augmente. L’activité et la composition de la flore s’en trouvent modifiées, de sorte que les champignons se développent : les mycoses apparaissent alors. Ce sont des affections très banales, se manifestant au niveau de la peau ou des ongles, ou sur les muqueuses (tissus qui tapissent la bouche, les voies respiratoires, les organes génitaux. Elles peuvent aussi apparaître au niveau de la bouche, et on parle alors de « muguet », en raison de son aspect qui évoque la fleur du même nom. Mais à la différence de celle-ci, on ne le rencontre pas seulement  en mai ! D’autres circonstances peuvent en favoriser la survenue, telles qu’une antibiothérapie. Elle provoque de fortes perturbations de la microflore intestinale, ce qui crée des conditions propices à la prolifération du champignon.  Les mycoses dues au Candida se nomment logiquement les candidoses, et elles suscitent de plus en plus d’études dans un registre de domaines fort étendu. Le Candida, en effet, n’est pas seulement un champignon gênant, mal placé, qui gratte et démange, mais il s’agit souvent de la porte d’entrée vers des problèmes beaucoup plus importants, chroniques, et à caractère inflammatoire. Comme certaines tendinites… 


UN CANDIDA QUI NE SE DÉCLARE PAS TOUJOURS :

 

Les acquisitions faites dans le domaine de l’immunologie ces dernières années ont permis d’affiner la conception classique de la candidose. Certains auteurs considèrent ainsi que sa présence dans notre organisme n’est jamais totalement anodine et, potentiellement, peut à un instant donné de la vie du porteur  déraper et déclencher de sévères perturbations (7). Nous verrons plus loin l’extrême diversité des effets qu’on lui attribue, le plus souvent avec justesse d’ailleurs. En quoi le regard des immunologistes a-t-il changé ? On considère qu’en fait le Candida Albicans s’installe dans notre organisme à l’occasion d’une fragilisation- même temporaire- de nos défenses immunitaires. Cette observation interpelle forcément ceux de nos lecteurs qui pratiquent régulièrement une activité sportive. En effet, dans un article précédent, nous avions exposé la théorie de l’immunologiste américain David Nieman, présentée sous l’expression : « Open Window Phenomenon », qu’on peut traduire par « phénomène de la fenêtre ouverte » (29). Par divers mécanismes, directement en relation avec la mobilisation des réserves d’énergie pour le muscle (au détriment d’autres tissus) et du stress lié à l’exercice, divers acteurs de l’immunité chutent et fragilisent notre corps face aux microbes, comme s’ils entraient librement par la « fenêtre ouverte ». Cette baisse concerne plus particulièrement une famille de sentinelles, les Ig A sécrétoires, qui montent la garde au niveau de nos muqueuses (22). Leur chute laisse donc des strapontins vides au niveau de l’écosystème digestif et les Candida se font une joie de s’y installer. Il y a un seul problème ; c’est que même avec la restauration d’une immunité satisfaisante, ce qui survient en quelques heures après l’arrêt de l’exercice, il va être impossible de déloger ce champignon. Il s’installe alors à demeure. On incriminera bien sûr l’eau chlorée, l’humidité dans les socquettes de jogging et la fermentation de la peau des orteils. On devrait plutôt raisonner en termes de charges de travail et de stress !

 

Il n’y a pas que l’effort physique qui prédispose à cette intrusion. De multiples circonstances peuvent conduire, temporairement ou non, à une fragilité immunitaire. Parfois avec des conséquences gravissimes ; ainsi, on implique la présence d’une candidose parmi les causes de décès les plus fréquentes au sein des patients immuno-déprimés atteints de SIDA (38). Les statistiques indiquent une mortalité de 40% chez les sujets atteints de candidose. Les mêmes conséquences vont s’observer chez des patients sous chimiothérapie, ou après transplantation de moelle osseuse. Une circonstance très banale et moins dramatique, qui nous concerne tous, peut aussi prédisposer à son implantation : la grossesse et l’accouchement. En effet, la maman, en tolérance immunitaire durant la grossesse, est beaucoup plus laxiste avec certains microbes (dont le Candida), de manière à tolérer le bébé qui, d’un strict point de vue biologique, n’a que la moitié du bon « code barre » et constitue un « antigène » potentiel.

 

Cette perturbation touche en particulier une famille de lymphocytes qu’on nomme les T8 ou CD 8 (ceux qui sont chargés de la lutte anti-virale et aident à détruire les cellules cancéreuses) (16, 41).  Ils sont également l’ennemi n° 1 du Candida. On comprend donc l’aubaine pour lui !          



DR JEKYLL ET MR CANDIDA :

 

Ce champignon peut se présenter sous deux conditions. On peut d’abord le trouver à l’état latent dans l’intestin. Dans ce contexte, il est silencieux, se fait oublier, en dépit d’un pouvoir de nuisance avéré. On peut comparer cette situation à celle où on se demande si Ben Laden est encore vivant, n’en ayant pas entendu parler depuis plusieurs mois. On le rencontre ensuite à l’état activé, où il va se manifester à distance. Son réservoir se situe dans l’intestin, mais sous cette forme activée il est visible au niveau des mains, des ongles, de l’appareil génital. En poursuivant la comparaison, c’est le moment où une cassette vidéo arrive à la chaîne Al Jazira… Une fois l’activation achevée, il revient à l’état latent, mais il n’en reste pas pour autant inactif, comme on va le voir.

 

Le Candida Albicans va être l’instigateur de perturbations immunitaires méthodiquement orchestrées par ses soins. Il va en effet tout mettre en œuvre pour réprimer la réponse immunitaire visant à le neutraliser. En présence du Candida Albicans, on peut comparer notre organisme à la France occupée de 1940. Notre système immunitaire va être alors noyauté par des collaborateurs. Les mécanismes moléculaires de cette répression ont été parfaitement décrits depuis trente ans. Ainsi, la suppression de la réponse de ces lymphocytes a été décrite par le 1er médecin à avoir évoqué le « syndrome de candidose intestinale chronique » (40). Cet étonnant mécanisme n’est que la première étape d’une longue série d’événements. En effet, d’autres freins sont mis en œuvre, dans le même but de réprimer notre système immunitaire. Attardons-nous  un moment sur ceux-ci : Ils sont étonnants et redoutables d’efficacité. Usuellement, lorsqu’un « ennemi » est identifié par notre système immunitaire, les premiers acteurs à entrer en guerre sont une famille particulière qu’on nomme les « macrophages ». Que font-ils ? Ils digèrent l’antigène (quel qu’il soit) et libèrent des messagers pour appeler des renforts. Ces messagers se nomment les « cytokines ». Il s’agit ni plus ni moins des « hormones » de notre immunité. On recense aujourd’hui près de 50 cytokines différentes. Toutes ont des rôles précis et véhiculent des types d’informations bien particuliers. Or, en cas de candidose ou d’infection bactérienne intestinale, les macrophages devraient libérer de grandes quantités d’interferon gamma et d’IL-1 et d’IL-2, de façon à amplifier la réponse et à « nettoyer » l’agresseur. Mais le Candida ne se laisse pas faire. Divers travaux ont montré que les macrophages des patientes présentant des candidoses vaginales chroniques suppriment la production de l’IL-1 (7). Autrement dit, les messagers et les pigeons voyageurs sont interceptés et l’Etat Major n’est pas informé de l’attaque ennemie. Ce n’est pas tout. Pardonnez-nous de vous perdre dans les méandres de l’immunologie, mais on doit encore introduire une autre donnée. J’ai indiqué tout à l’heure que la neutralisation du Candida fait plus particulièrement appel à une catégorie de lymphocytes, recrutés par les macrophages. Il s’agit des CD 8 (ou T8). Or, il en existe en fait deux sous-familles.  La première est constituée des « cytotoxiques » (CD8S), sorte de Rambo de l’immunité, qui tire sur tout ce qui bouge et qui ressemble à un Candida. La seconde est constituée des « suppresseurs » (CD8 S), qu’on peut comparer aux « casques bleus » ou aux pacifistes. La proportion des uns et des autres dépend fortement des cytokines qui les stimulent. Et c’est là  que le Candida se débrouille remarquablement : en sa présence, les macrophages stimulent l’activité des  lymphocytes suppresseurs. Autrement dit, la propagande nazie contribue à créer un courant pacifiste dans les rangs de nos globules blancs. Que retirer de cela ? Qu’au total, les macrophages de ces patients suppriment leur propre prolifération et la prolifération lymphocytaire en réponse au Candida (8). C’est Vichy !                     


UN CONFLIT QUI S’ ÉTEND :

 

Cette répression des défenses ne va pas seulement profiter au Candida. Les défenses anti-virales sont affaiblies par les manœuvres du Candida, et cela peut profiter à des microbes opportunistes. On décrit ainsi abondamment, dans la littérature médicale, des réactivations virales, en particulier aux herpès (34). On peut alors comparer ce dernier microbe à Mussolini ! Notre organisme accepte-t-il la défaite ? Non ; un temps assommés par l’envahisseur, quelques esprits forts se regroupent et commencent à organiser la résistance. Ainsi, face au Candida, les lymphocytes se mettent à produire de grandes quantités d’IgE et d’histamine, molécules connues pour participer aux manifestations allergiques (25). Quand le processus se déroule dans son intégralité, on peut donc, à cause de ce petit champignon, être à la fois la proie de démangeaisons à l’entre-jambes, d’un herpès labial et d’une allergie au latex. De quoi y perdre son petit ami ! Surtout que la victime est épuisée et peu encline aux galipettes…  puisque dans ce contexte, les micro-organismes vont contribuer à l’instauration d’un état de fatigue durable (5, 7), et ce par deux mécanismes. D’une part, cet afflux massif de cytokines est un élément défavorable, dans la mesure où elles peuvent diffuser et aller interagir avec des récepteurs cérébraux (24), ce qui peut occasionner une brutale sensation de fatigue en cours d’exercice (31). Ainsi, dans le cadre de pathologies inflammatoires chroniques, l’élévation extrêmement forte de cytokines pro-inflammatoires peut participer à l’instauration d’une authentique dépression, décrite et modélisée par Robert Dantzer (10).

 

D’autre part, certains micro-organismes, à l’instar du « Candida Albicans » libèrent des toxines qui peuvent aussi interagir avec des récepteurs cérébraux et contribuer à un état de lassitude importante, sans relation avec la charge de travail effectué. Cela peut expliquer l’extrême prépondérance de ce champignon chez les sujets atteints de fatigue chronique et de fibromyalgie puisque, selon certaines statistiques, plus des 2/3 des malades souffrant de ces douleurs chroniques non lésionnelles, associées à une profonde asthénie sont porteuses de ce champignon (5, 14, 17, 32). Cela ne nous explique pas encore pourquoi on lui colle aussi sur le dos la responsabilité de la tendinite, même s’il faut un beau coupable. Mais patience !

 

Pour résumer, sur le plan immunitaire, cette candidose occasionne trois types de perturbations : vulnérabilité immunitaire, réactivation virale et allergies, celles-ci apparaissant souvent à un âge avancé de la vie du sujet. Ce n’est hélas que la partie visible de l’iceberg… 



UN CANDIDA QUI MET LE FEU :

 

On a compris que le Candida occasionne une dépression immunitaire. Mais son implantation a d’autres conséquences. Il dispose de tout un arsenal enzymatique, lui permettant de dégrader les structures cellulaires et tissulaires de l’hôte, d’attaquer certaines acteurs du système immunitaire, de s’accrocher aux bactéries de l’écosystème. Parmi ces enzymes, certaines ont été plus particulièrement étudiées, en raison des conséquences qui résultent de leur mise en jeu. Il s’agit de celles de la famille des « SAP » (abréviation de « Secreted Aspartyl Proteinase ») (3, 28). Pourquoi un tel intérêt à leur égard ? Tout simplement parce qu’elles attaquent la muqueuse de l’intestin et provoquent une porosité de cet organe, tout à fait comparable à celle qui survient en réponse à l’exercice, à ceci près qu’avec la candidose cette atteinte de la muqueuse devient chronique (9).

Pour schématiser la situation, normalement (et idéalement), l’intestin constitue une barrière étanche, comparable à la frontière de l’Albanie dans les années 80. Sous l’effet de cette attaque en règle de la muqueuse par le Candida- installé à vie-  il devient l’équivalent du Col du Perthus au mois d’août, avec plusieurs dizaines de milliers de véhicules franchissant la frontière franco-espagnole en une heure.  Que va-t-il s’ensuivre ? De multiples molécules passent à travers ces pores. On va ainsi relever des taux anormalement importants de certaines protéines alimentaires dans le sang, à l’instar par exemple de la caséine du lait, du gluten, et de bien d’autres. Ce sont les BMW, les Alfa Roméo ou les Ferrari qui entrent sur notre territoire avec 600 kg de bagages dans le coffre. Les conducteurs s’arrêtent sur des aires de repos. Il s’agira par exemple des tendons, des articulations, de certaines zones musculaires, de la peau, ou de tout autre organe, au gré de leur transit. Quant au système immunitaire, alerté de ces passages intempestifs, on peut le comparer à la douane volante.

Ce passage permanent et massif de molécules devenues des antigènes va donc susciter une réponse inflammatoire de moins en moins bien contrôlée… ce qui nous ramène aux tendinites et à tous les autres bobos en « ite » qui vont alors jalonner la vie du porteur de candidose. Chez l’animal, des travaux déjà anciens ont montré que le Candida aggravait l’ampleur des lésions musculaires et s’accompagnait d’une élévation très importante des CPK (30). D’où le lien entre l’ongle qui se détruit et les tendons qui couinent… On comprend aussi, de ce fait, pourquoi on relève autant de victimes de maladies auto-immunes ayant préalablement connu une mycose. Les publications se multiplient en ce sens, tant en ce qui concerne les thyroïdites auto-immunes (23), que celles associées aux rectocolites (18), les maladies inflammatoires digestives (20, 26, 36, 37, 39) ou les polyarthrites, comme on le sait depuis plus de 30 ans (6, 21).

 


DES PASSAGERS CLANDESTINS DEVENUS DES TERRORISTES :

 

Ces protéines, normalement, ne devraient pas se trouver là. Théoriquement, elles devraient être dégradées dans le tube digestif, sous l’effet des enzymes pancréatiques et intestinales, en fragments de plus en plus petits. On peut comparer ces protéines à des colliers constitués de plusieurs milliers de perles, lesquelles sont les « acides aminés ». L’action des sucs digestifs  équivaut aux coups de ciseaux qu’on donne dans le collier, puis dans chaque fragment de collier, jusqu’à obtention des perles seules. Normalement, quand l’intestin est parfaitement étanche, le processus de digestion se déroule intégralement et seuls les acides aminés et les « dipeptides » (assemblages de deux acides aminés liés entre eux), sont assimilés. Ici, il en va tout autrement. Certains des « fragments » apparus transitoirement durant la digestion peuvent eux aussi se retrouver dans le sang. Il s’agit de « peptides », comprenant de 6 à 10 acides aminés et, pour caractériser leur origine intestinale, les experts les qualifient d’exopeptides (19), pour les opposer aux « endopeptides » fabriqués par nos tissus. Ces derniers remplissent des rôles très précis. Ce sont en général des molécules transmettant des informations, qu’il s’agisse de peptides à action hormonale ou de neurotransmetteurs (2). En quelque sorte, leur intervention peut se comparer à l’introduction d’une clef dans une serrure, clef qu’on introduirait à un moment précis, et pas du tout de manière aléatoire. Autrement dit, leur intervention répond à un objectif. Or, les « exopeptides » peuvent agir à l’égal de « passe-partout » et ouvrir au hasard certaines portes : Ils se lient de manière anarchique à divers récepteurs sensoriels, endocriniens ou immunitaires. Il en résultera des messages « parasites » susceptibles d’occasionner un grand nombre de troubles fonctionnels. Dans le domaine de la nociception (la perception de la douleur), de telles anomalies sont abondamment étudiées. On a ainsi identifié des « antagonistes » de l’analgésie (c’est-à-dire des molécules qui amplifient la douleur). Il s’agit notamment de dérivés de la caséine ou du gluten, dont la présence dans le sang, puis sur les récepteurs va amplifier la sensation douloureuse (11), comme dans le cas de la fibromyalgie mais, plus largement, dans toutes les situations où les voies de la douleur sont sollicitées. Qui n’a jamais entendu parler ou rencontré des individus qui, atteints de légères hernies ou d’entorse bénigne, doivent se gaver d’anti-douleurs, comme si leur perception de celle-ci était amplifiée, alors que d’autres souffrant des mêmes maux, ne se plaignent nullement ?

 

Evidemment, la diversité des récepteurs qui peuvent être bloqués (comme le chewing gum sec dans la serrure), peut favoriser une multitude de perturbations, survenant sans anomalie des taux d’hormones circulantes, ni lésion, ni atteinte organique. D’où, souvent, le constat qui amène à dire : « il n’y a rien c’est dans la tête ! »

 

Toujours est-il qu’avec la candidose intestinale chronique certains récepteurs vont voir affluer sur eux des toxines fabriquées par le champignon, mais aussi des cytokines, des peptides d’origine alimentaire, et que les conséquences seront très nombreuses : maux de tête, syndrome de Ménières, perturbations hormonales, voire troubles du sommeil, comme dans le cas du footballeur dont on vous parlait au début de cet article. Il semble que les récepteurs de la mélatonine, molécule essentielle au bon déroulement du sommeil, soient partiellement occupés par ces « toxines » (33). Dans un vieux papier, il était mentionné que les aigreurs gastriques chroniques, évocatrices d’ulcère, pouvaient concerner jusqu’à 30% des porteurs de mycoses intestinales (21). Non, ce n’est pas que le stress qui cause cet inconfort et cette acidité chronique !

 

On fait rarement le lien entre toutes ces perturbations. La médecine a même plutôt tendance à considérer les symptômes un par un, et à traiter les organes indépendamment les uns des autres. A « stratifier » en quelque sorte l’organisme. On peut alors difficilement s’en sortir, sauf en abordant la situation sous un angle plus ouvert, avec un œil d’interniste. Et là, la responsabilité du Candida frappe les esprits. On comprend d’ailleurs bien que le syndrome de fatigue chronique et les troubles du sommeil  soient de plus en plus souvent attribués au Candida ! De fait, on passe d’une plainte tendineuse ou musculaire isolée à un tableau complexe chronique qui, le plus souvent, jusque là, résistait à la plupart des prises en charge.           



MANGER SANS CHAMPIGNONS ?

 

L’essentiel du problème débutant au niveau de l’écosystème digestif, et les champignons étant à même de se développer sur de nombreuses denrées, il est tentant de spéculer sur les choix alimentaires susceptibles de ralentir, ou au contraire de favoriser, la mycose et les troubles qui en résultent. De plus en plus d’écrits vont dans ce sens, et sur internet on peut relever un florilège de recommandations diététiques relatives aux mycoses. Certaines sont cohérentes, d’autres franchement farfelues.

Faisons le tri, pour développer, à l’appui de données scientifiques, ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire pour se tirer de ce mauvais pas grâce à son alimentation.

 

  • Ne pas négliger l’ail car, comme les vampires, le Candida craint cette plante. Diverses études ont montré que certains de ses constituants exerçaient des effets très significatifs  contre le Candida. Ceci a amené certains auteurs à considérer cette plante à gousse comme un antibiotique et un anti-fongique naturel (1). L’utilisation d’extrait d’ail a d’ailleurs diminué significativement les récidives de mycoses génitales au sein d’une population de jeunes femmes (35), relativement à un placebo.

 

  • Il est indispensable de limiter la consommation d’aliments qui font monter rapidement la glycémie. En effet, le glucose est le caviar du Candida et plus on lui en donne, plus il se sent fort. Evidemment, ce conseil est incompatible avec une activité sportive régulière. Comment faire travailler son muscle sans glucides ? La solution viendra d’un compromis acceptable. Concrètement, le sportif veillera quand même à consommer des glucides en cours d’activité, juste après l’effort, et à consommer des féculents afin de reconstituer ses réserves de glycogène. Mais il se méfiera comme de la peste des produits à saveur très sucrée, dont il veillera au maximum à contingenter les apports, surtout au repos et en dehors des repas.

 

  • Sous l’effet de l’exercice, les changements qui affecte l’irrigation de notre corps provoquent un phénomène en deux temps, qualifié d’ischémie- reperfusion, dont la conséquence est une augmentation plus ou moins durable de la perméabilité de l’intestin. Or le Candida, lui aussi, agresse la muqueuse. Ces deux facteurs associent donc leurs contributions. Il faut éviter qu’aux effets de la mycose s’ajoutent ceux de l’exercice. Sinon, il sera totalement impossible d’endiguer le passage de molécules à travers l’intestin. Pour cette raison, on recommande (comme cela a été écrit à maintes reprises dans ces colonnes), de consommer une boisson énergétique à l’effort (33), ce geste protégeant quelque peu la muqueuse. Mais on veillera à davantage la diluer, pour éviter les désagréments digestifs qui, sinon, surviendraient sous les assauts du Candida, nourri par ces sucres.

 

  • Tout apport de moisissures contribue à faire « flamber » la mycose. On recommande donc d’éviter au maximum certains aliments qui peuvent nourrir le Candida (5). Évitez d’apporter des moisissures sous forme de : dérivés laitiers non stérilisés (lait, beurre et fromages fermentés type bleus), des fruits et des légumes « abîmés », des tomates trop mûres (dont la peau ressemble à celle d’un kaki), les melons trop mûrs, les fruits secs non « bio » (raisins, dattes, figues), les bananes bien mûres (à peau bien noire et à chair marron), la charcuterie. Évitez d’apporter des médicaments à base de levures (ultra-levure ou carbolevure), ainsi que les compléments alimentaires contenant de la levure de bière vivante. Veillez également à ne  jamais consommer un produit déjà entamé, s’il a été stocké au réfrigérateur plus de 24 heures. Excluez tout apport de levures, sous la forme de pain de point chaud, d’aliments riches en sucres et farines raffinés (pâtes, pizza, pâtisseries). Boudez au maximum les pâtisseries sucrées, les boissons sucrées : sodas, jus de fruits non pressés. Et bien sûr, ne mangez pas les croûtes de fromage ni les Bleus. C’est le meilleur moyen de nourrir votre mycose intestinale !

 

  • Certains végétaux renferment des molécules bien particulières, qui figurent parmi la famille des « polyamines » et qu’il convient d’éviter.  Les substances à bannir se nomment « cadavérine » et « putrescine », et leurs noms très évocateurs suggèrent bien qu’elles participent à la décomposition de certains constituants cellulaires. Elles empêchent notamment la cicatrisation de la muqueuse intestinale (27). Et dans ce cas, faute de pouvoir ériger à nouveau une muraille hermétique, le passage d’éléments antigéniques et de peptides se poursuit. Où trouve-t-on ces molécules indésirables ? Principalement dans les agrumes, les kiwis, les prunes, les pruneaux et la peau des tomates. On s’efforcera donc de les écarter de nos menus (même le jus de citron) durant un trimestre, le temps de laisser la muqueuse se reconstituer.

 

  • La candidose survient sur un fond de déficit immunitaire. Or, d’un point de vue nutritionnel, le fonctionnement optimal de nos défenses requiert la présence à des taux appropriés d’un grand nombre de molécules. Certaines sont plus souvent déficitaires que d’autres, et quelques travaux récents suggèrent que les déficits en sélénium (4) et en zinc (12, 15) favorisaient le développement d’une candidose.  Il est donc indispensable de prévenir le déficit en ces éléments, ce qui nécessite de diversifier suffisamment sa ration, et notamment de ne pas négliger l’apport en viandes et dérivés.

 

  • Dans l’arsenal des moyens alternatifs disponibles, on évoque souvent l’effet anti-fongique de l’extrait de pépin de pamplemousse. Certains des constituants renfermés dans la partie non comestible de cet agrume réduisent fortement la taille des colonies de Candida dans l’intestin (42).  L’immunologiste Grégoire Cozon, qui a développé une consultation spécifique dans son service auprès des fibromyalgiques dans  son service de l’Hôpital Lyon-Sud, les propose très régulièrement à ces patients… pour des bénéfices indéniables (5).

 

  • Les probiotiques peuvent agir sur l’immunité et certains auteurs ont identifié des souches de la famille Lactobacillus acidophilus , et une plus particulièrement (la LA 401), capables de diminuer très fortement les quantités de Candida Albicans recensées dans les selles (13). Dans le cas de ces patients ayant un tableau de troubles fonctionnels diversifiés et chroniques, tels que la fibromyalgie, le recours à certains probiotiques (33) s’avère indispensable.

 

  • Pour la cicatrisation de l’intestin, certaines graisses sont requises. Comme dans d’autres circonstances, un apport optimal en acides gras « oméga 3 » va minimiser l’impact du Candida même si, isolément, ces graisses ne suffisent pas à éviter les symptômes qu’il provoque. Par contre, ses déficits accentuent fortement l’aspect inflammatoire et le caractère douloureux de la plainte. Mangez donc du maquereau, de la sardine, des anchois, du flétan, du capelan, du hareng, et utilisez par ailleurs quotidiennement les huiles de colza ou de noix.

 

  • Pour les amateurs d’homéopathie, « segolenium sarkozyum 30 CH » (dilution maximale), aide à se débarrasser des Candida qu’on ne veut plus… Si seulement on pouvait y croire !!             

BIBLIOGRAPHIE :

 

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Denis Riché, pour « Sport & Vie » - 2010

Photos et création  : Philippe ENG & Girls band


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Commentaires: 7
  • #1

    Philippe L (jeudi, 14 mai 2020 14:55)

    Un délice cet article , et tellement complet ! Merci Denis !

  • #2

    Elise (lundi, 18 mai 2020 19:14)

    Merci pour cet article très instructif et complet ! Je ne suis pas sportive, mais je me bats contre le candida et c'est très complexe... !
    Je peux préciser également que tous les additifs posent problèmes, ainsi que les parfums, arômes, la moisissure dans les maisons, etc. Je pense qu'il est aussi indispensable de travailler sur ses émotions, de se protéger des ondes électro-magnétiques et, globalement, de rééquilibrer le terrain, comme on dit en médecine alternative.
    C'est un combat de longue haleine...

  • #3

    Saby (jeudi, 21 mai 2020 23:30)

    Super article j'ai le candida depuis 2 mois et c est vraiment difficile surtout pour l'alimentation .
    Toujours à me demande si je peux manger cette aliment ou pas !!

  • #4

    Denis (vendredi, 22 mai 2020 17:39)

    Les choix alimentaires sont influencés par la candidose, et il ne s'agit pas seulement de savoir pour pouvoir, autrement dit, certains choix sont dictés par le candida... De sorte que sans complémentation ciblée, les pulsions peuvent revenir...Le plus important c'est d'éviter le gluten, les moisissures et le sucre raffiné. Les fruits ne posent pas problème...

  • #5

    Agnès (dimanche, 24 mai 2020 15:37)

    Denis,

    Encore une fois merci pour ce rappel candida plus que complet!!! J'en garderai pour moyen memo technique : le mot compte triple du candida … démangeaisons - herpès - allergie au latex��

  • #6

    Tiffany (mercredi, 19 août 2020 17:31)

    Bonjour et merci pour cet article.

    Pas facile de lutter contre le candida quand on est en sous poids comme moi (50kg pour 1m70). J'ai déjà perdu 2 kg en coupant gluten, sucre ,moisissures. Je suis intolérante aux œufs et au lait en plus...
    Que pensez-vous des huiles essentielles ? Peuvent-elles aider pour lutter contre la candidose ?

    Merci
    Cordialement

  • #7

    Denis Riché (jeudi, 27 août 2020 18:19)

    Message pour Tiffany

    Oui tout à fait.
    Ce qui marche bien, c'est par exemple "Nergessence AF" de "LPEV", ou "Azeol AF" de "PiLeJe".