La SAGA de mes Ouvrages

Mon activité d’auteur a commencé peu après la fin de mes études. Confronté aux affres du chercheur… d’emploi, j’ai pris le taureau par les cornes et ai décidé de rebondir dans une activité pour laquelle j’avais quelques prédispositions : l’écriture. J’avais déjà contribué comme pigiste à quelques revues, comme « Triathlète Magazine » où j’ai débuté dès le n° 1 aux côtés de Gilles GOETGHEBUER, avec lequel je partagerai ensuite l’aventure de « Sport et Vie » et Véronique BILLAT.

Convaincu que les ouvrages consacrés à la nutrition du sport méritaient un sérieux lifting, je demandais un emprunt à la banque et utilisais une partie des 10.000 francs reçus à l’achat d’articles scientifiques. A l’époque, il fallait utiliser des bons de commandes obtenus auprès d’un organisme, l’ISTA, et on recevait les documents imprimés dans la semaine. A raison de 20 francs le document, c’est près de 400 articles qui terminèrent dans mes armoires, auxquels s’ajoutèrent ceux consultés en bibliothèque ou encore les écrits en lien avec ce sujet. De fin 1987 à 1989 je consacrai alors deux ans, à raison de 4 à 5 h de travail trois jours par semaine, à rédiger le pavé auquel je donnai le titre : « Guide nutritionnel des sports d’endurance ». Je montai à Paris, non pas pour entonner mon tour de chant, mais pour aller rue de l’Ecole de Médecine, soumettre le manuscrit à Mr Christian VIGOT,  responsable de la maison d’édition du même nom, à qui je rends hommage en cette occasion, pour m’avoir fait confiance cette fois-là… S’il n’y avait pas eu de premier livre… les autres ne seraient sans doute pas nés. « laissez moi ce manuscrit, on vous rappellera… » ce qui m’obligea à faire poser le téléphone dans mon petit appartement de Palalda où je résidais alors… Un mois après je reçus la bonne nouvelle. Il serait publié. Ce livre avait pour objectif d’établir un panorama le plus exhaustif possible, avec les moyens de l’époque- sans internet- et les connaissances disponibles, de la manière de s’alimenter pour optimiser sa pratique sportive dans le respect de sa santé.

 

La même année, un autre monsieur dont je dois saluer la mémoire, m’a offert une incroyable opportunité. J’avais croisé Mr Louis FATON lors de ma thèse de doctorat consacré au magnésium (*) . Il était gérant d’une société de produits diététiques, dont certains étaient enrichis en ce minéral, et il avait joué un rôle de mécène pour boucler le travail de recherche… On ne donne pas de moyen aux thésards objecteurs de conscience !  La grande différence, pour les étudiants de 3ème Cycle, entre la fin du siècle dernier et celui-ci, c’est qu’avant ils n’avaient pas de sous, alors qu’aujourd’hui ils en manquent ! Bref, ce monsieur possédait en outre une maison d’éditions et il souhaitait lancer un magazine dédié aux « progrès du sport » (qui recevra le titre de « Sport & Vie ») et accompagner ce projet de la sortie d’un ouvrage vulgarisant, avec moult illustrations, la physiologie et la nutrition du sport. Le livre, écrit avec deux autres contributeurs, sortit en 1990. Il s’agissait de : « Une nouvelle chance pour le sport », paru en même temps que le n° 1 de « Sport & Vie ».

 

Les deux ouvrages contribuèrent à développer une notoriété croissante dans le milieu certes étriqué de la nutrition du sport, et l’avancée des connaissances dans ce domaine, la volonté de les rendre plus pratiques, m’incitèrent à me remettre à la tâche en 1994, pour proposer la première version du : « Guide nutritionnel des sports d’endurance », toujours chez VIGOT.

Franc succès il m’incita assez vite à l’enrichir et développer une seconde version, où je poussais jusqu’au bout la réflexion suivante : Comment optimiser le contenu de l’assiette, et ce faisant garantit-on au sportif un état de santé optimal ? Au gré de mes réflexions et de mes recherches, il apparut que l’alimentation ne permettait en rien de prédire le statut biologique du sportif et que, même en proposant des tests aidant à suspecter des déficits, on ne pouvait pas faire dire à l’alimentation plus que ce qu’elle signifiait. Or, à l’époque, toute la stratégie d’accompagnement reposait sur les résultats des enquêtes alimentaires… On touchait donc les limites d’une approche centrée sur l’assiette. La seconde version de ce livre sortit en 1998, et me valut des invitations pour donner des conférences et participer à des congrès. En outre, inquiet du risque de voir cet ouvrage- jugé trop volumineux- ne pas rencontrer son lectorat et coûter de l’argent, l’éditeur me demanda dans la foulée de rédiger un opus davantage « grand public », ce que j’acceptais avec beaucoup de réticences. Finalement, je décidai d’enregistrer (ou de noter) toutes les questions posées au cours des conférences que j’ai données, de les synthétiser, les regrouper par thèmes et donner un dernier coup de vernis. Ce fut : « 80 questions sur l’alimentation du sportif », dont le succès fut inversement corrélé au temps consacré à l’écrire…. Sans qu’il se fût agi pour autant d’un travail bâclé !

 

(*) « magnésium et nutrition de l’alcoolique chronique », Paris VI- 1986.

 

 

En septembre 1998, lors d’un congrès de médecine du sport s’étant tenu à Boulouris, j’ai rencontré une autre personne qui a beaucoup apporté à ma construction intellectuelle, le Dr Didier CHOS, président de l’Institut Européen de Diététique et Micronutrition. Il présenta lors de ce congrès un sujet qui développait l’accompagnement micronutrionnel des sportifs (en l’occurrence il s’agissait du travail effectué auprès de l’équipe de France de natation). Cette approche venait pile au bon moment apporter une piste de réflexion : pour savoir si l’alimentation d’un sujet répond à ses besoins, partons plutôt des symptômes exprimés et de son état biologique, et non pas de l’assiette. Une collaboration dense, fructueuse et assidue commença et deux ans après, nous décidâmes de coucher sur le papier toutes nos pistes de travail, nos réflexions, mes intuitions. En 2000, il était déjà question d’inflammation et de sérotonine, d’hyperperméabilité intestinale, de stress oxydatif et d’inflammation, ou encore des concepts avant-gardistes d’apports de sécurité et de « santé-performance ». L’ouvrage, sortir en 2001, à nouveau chez VIGOT, et s’intitula : « Diététique et micronutrition du sportif », avec la nageuse Cécile JEANSON comme mannequin d’occasion pour la photo de couverture !

 

 

Dans l’intervalle, je continuais d’écrire pour une autre revue, « VO2 Marathon », créée en 1989 par Gilles BERTRAND  et Odile BAUDRIER . Dans le cadre de cette collaboration, un certain nombre d’ouvrages thématiques fut écrit. Il y eut d’abord : « 42 questions sur le marathon », co-écrit avec le champion belge Vincent ROUSSEAU, puis en 2000 je proposai un ouvrage avant-gardiste pour l’époque, « le guide pratique du trail », qui connut plusieurs rééditions.

En 2001, les lecteurs eurent entre les mains : « 180 recettes performance et santé du coureur » (écrit en même temps que je travaillais sur l’ouvrage « Diététique et micronutrition du sportif ».

Ma plus grande fierté tient au fait que les lecteurs ayant mis en œuvre ces recettes, soient encore vivants à ce jour. Certains des plats conçus en l’occasion concernaient des courants alors minoritaires (sans gluten, végétariens) et quelques autres viennent agrémenter les collations des coureurs de l’équipe cycliste professionnel Groupama- FDJ qui, certes, sont payés pour les manger !

En 2003, mettant à profit le temps libre occasionné par une hernie discale récalcitrante m’ayant immobilisé tout l’été, je produisais : « l’entraînement n’est pas une science », qui est celui de mes ouvrages qui, à mes yeux, a le moins bénéficié du retour qu’il méritait. Il revisitait un certain nombre de principes d’entraînement, qui ont servi de réflexion par la suite, lorsque j’ai rédigé « l’épinutrition du sportif ». Je parlais déjà d’adaptation et ne concevais pas qu’on dissocie les effets propres de l’activité de ceux du stress, de l’alimentation et de l’ensemble des contraintes subies par les sportifs. Cela rompait totalement avec la vision de l’époque, voire de celle de l’année 2020 !

Quelques mots enfin sur : « l’alimentation musclée»  parue en 1999 chez « VIGOT. Il s’agissait d’un périlleux exercice de style, consistant à traduire en français intelligible un ouvrage américain conçu avec 250 mots de vocabulaire (« Power eating » de Susan KLEINER), et à s’interdire (sauf exception) l’usage des verbes « être « , « avoir » ou « faire ». Pas si simple…

 

Mais d’autres projets m’accaparaient. En effet, l’implication dans le sport de haut niveau ne se démentit pas, l’intérêt du monde universitaire pour cette discipline se voulait croissant, et lors d’une énième fois où ma route croisa celle de Véronique BILAT, celle-ci me soumit un énorme challenge : Ecrire un ouvrage de référence sur cette discipline émergente qu’était la micronutrition. Qui plus est, le projet devrait se réaliser chez un éditeur prestigieux et exigeant, De BOECK. Travail acharné, il me valut d’authentiques moments de doutes et de découragements. Quand je terminais un chapitre, loin de m’en réjouir, je mesurais plutôt la tâche qui m’attendait avec le suivant… Cela dura 4 ans, à écrire dans le train, dans l’avion, après les consultations, le soir, à s’assurer de la bonne mise en place de la bibliographie. Première ligne écrite en septembre 2004, manuscrit remis en juin 2006, recalé ! Je pouvais faire mieux, m’a-t-on indiqué, et remettant l’ouvrage sur le métier je rendis la deuxième version en 2008. Il sortit en septembre de cette année-là, après une gestation de 4 ans. C’est encore un ouvrage qui sert de support de cours : « Micronutrition, santé et performance ».

 

 

En 2010, trois nouveaux projets m’intéressèrent. Le premier constituait une compilation d’articles parus dans « Sport & Vie », sélectionnés par mes soins, remis en perspectives pour les resituer ; « nutrition et délinquance », « les groupes sanguins », etc… figurent dans : « Micronutrition du sport et de la vie », paru aux Editions Ksport, où je poussais plus loin certains des points esquissés ou effleurés dans les ouvrages précédents. Les deux autres projets concernaient des ouvrages collectifs.  Dans le premier, consacré à la fatigue, je développais un chapitre sur « micronutrition, fatigue et surentraînement ». Dans le second « vous avez dit cancer », comme le titre le suggère, je décrivais les aspects biologiques et micronutritionnels en lien avec cette pathologie. L’ouvrage regroupait des contenus de conférences proposés durant toute une année dans une école d’ostéopathie de Cergy.

 

Le temps consacré à étudier les problématiques en lien avec l’hyperperméabilité intestinale et les dérèglements immunitaires des sportifs m’a ouvert d’autres horizons et a initié d’autres axes de réflexion et de travail, notamment sur les liens associant la nutrition et la douleur. Mon éditeur, « De BOECK », se montra d’emblée très enthousiaste face au projet de livre consacré à la fibromyalgie : « Ne nourrissez plus votre douleur », sorti en 2012, enrichi d’une nouvelle version en 2017, et qui a connu un écho certain. Cet ouvrage, loin de tarir ma créativité, m’a au contraire maintenu en éveil, face au constat de l’évolution inquiétante de beaucoup de fléaux, cancer, maladies auto-immunes, autisme, qui me semblaient constituer un sujet digne d’intérêt et justifier de me positionner comme lanceur d’alerte. Mais je n’ai pas tout de suite trouvé l’angle ni la cohérence permettant d’écrire un ouvrage de référence sur ce sujet. Attendant que mes neurones débrouillent la situation, je répondais favorablement à une sollicitation d’éditeur qui, voyant fleurir çà et là des ouvrages consacrés au bien manger, crut débusquer en moi l’auteur d’un futur best-seller, et me demanda de plancher sur le thème des aliments santé… Sujet banal s’il en est. Je pris le pari de le traiter de manière décalée et distanciée, et finalement le résultat, avec « ces aliments qui vous veulent du bien », reste très honorable, sauf en ce qui concerne le rêve de best-seller du commanditaire !

 

Le fil conducteur me vint enfin. J’ai décidé de partir d’un inquiétant constat : celui de la dégradation du niveau de condition physique moyen des plus jeunes, dont les causes s’avèrent plus complexes qu’il n’y paraît de prime abord. A partir de celle-ci, j’ai développé les conséquences de l’appauvrissement des sols, de l’usage immodéré des antibiotiques et de la pollution sur l’expression de nos gènes, et sur les moyens nutritionnels de tenter de limiter la casse. Pour défendre ce concept nouveau, le terme « épinutrition » fut créé et déposé, et « l’épinutrition du sportif » est sorti en mai 2017. En 2018, j’ai écrit un chapitre dans l’ouvrage de Frederic GRAPPE : « L’optimisation de la performance du cycliste », paru aux Editions De BOECK, où je développe les principes de l’accompagnement du sportif de haut niveau.

 

Depuis, je suis déjà parti sur un autre projet. Mais je ne vous en dis pas plus, sinon qu’il va vous falloir patienter jusqu’en 2020 !

 



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